JACQUES |
Regarde, j’ai fait une pancarte : NON! |
JEAN-PIERRE |
NON à quoi? |
JACQUES |
Aucune importance : une manif, c’est toujours pour dire NON à quelque chose. Cela va me rappeler mon enfance. |
JEAN-PIERRE |
Tu allais à des manifs? |
JACQUES |
Bien sûr, tu as oublié que mes parents étaient toujours mobilisés pour ou contre quelque chose? Ils m’emmenaient avec eux. C’était très drôle, j’adorais ça. |
JEAN-PIERRE |
Oui, en effet, et quand vous êtes allés à Bordeaux, vous avez continué? |
JACQUES |
Bien sûr! La manif, cette fois-ci, c’est contre l’augmentation des droits d’inscriptions à la Sorbonne, alors, tu vois, mon NON est très approprié! |
Cette fois-ci, nos deux amis ont pris le métro et, arrivés à Jussieu, ils se sont fondus dans la foule qui commençait à se mettre en route vers la Rue des Ecoles.
C’était leur première manif en tant que policiers en civil et il faut dire qu’on ne pouvait les distinguer des autres étudiants tant ils en avaient l’apparence. Jacques, blond, cheveux très courts, un jean et un vieux T-shirt vert foncé, sac à dos, oreillette dans l’oreille droite. Jean-Pierre, brun, cheveux presque rasés- la dernière mode depuis quelques mois- un jean délavé, un pull informe, l’éternel sac à dos, l’oreillette dans l’oreille gauche. L’oreillette devant passer pour un i-phone mais les reliant l’un à l’autre et,
bien sûr, au standard de la BPJ.
JACQUES |
On reste ensemble mais si la foule nous sépare, on reste en contact. |
JEAN-PIERRE |
Toi, l’expert en manifestations, rappelle-moi ce qu’on cherche. |
JACQUES |
Des jeunes surexcités, ou bien l’énervement dans la foule qui peut mener à la violence. |
JEAN-PIERRE |
On calme le jeu alors…. |
JACQUES |
Exactement. Tu sais nous ne sommes pas la seule équipe par ici. |
JEAN-PIERRE |
Peut-être mais nous sommes les seuls de la BPJ…… |
Le cortège avançait lentement dans la Rue des Ecoles. Les slogans restaient corrects:
OUI A L’EDUCATION, NON A L’AUGMENTATION ---- UNIVERSITE GRATUITE POUR TOUS -------ZERO EURO EN PLUS--- NON, NON, NON A L’AUGMENTATION----
JEAN-PIERRE |
C’est bien gentil, bien calme. |
JACQUES |
(qui brandissait sa pancarte en criant NON, NON, NON!) : Oui, en effet, tant mieux, une manif qui dégénère, c’est loin d’être drôle. |
JEAN-PIERRE |
Regarde devant, à gauche, ce petit groupe, leurs sacs à dos semblent bien lourds. |
JACQUES |
Ils ont pris leurs bouquins pour réviser un partielUn partiel est un examen qui porte sur une partie du programme. en arrivant. |
JEAN-PIERRE |
Tu blagues? |
JACQUES |
Evidemment je blague! On reste derrière et on les surveille. |
Il s’agissait de trois jeunes : deux garçons et une fille qui ne criaient pas comme les autres mais, au contraire, parlaient bas, comme des conspirateurs et il était évident que leurs sacs étaient vraiment lourds.
Nos deux amis s’étaient rapprochés, essayant d’entendre leurs conversations.
GARCON No1 |
Donc, en entrant dans la cour, on se sépare. |
FILLE |
Tu viens avec moi vers Victor Hugo et toi, Sébastien, tu prends Pasteur. |
GARCON No2 |
C’est ça, mais il va falloir faire vite. |
Le reste de la conversation était inaudible.
JEAN-PIERRE |
Ils parlent de quoi? |
JACQUES |
Je ne sais pas, attends, la manif va où?
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JEAN-PIERRE |
A l’amphiAmphithéâtre où ont lieu de nombreux cours à la Sorbonne Richelieu. |
JACQUES |
Rien à voir avec Victor Hugo et Pasteur!
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JEAN-PIERRE |
C’est bien l’amphi qui est à gauche de la Chapelle? |
JACQUES |
Oui, je crois.
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JEAN-PIERRE |
Attends, j’ai une idée. J’appelle Bruno. |
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Bruno était le standardiste de la BPJ de garde ce jour-là et il a répondu immédiatement au coup de fil.
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JEAN-PIERRE |
Bruno, regarde sur Internet et dis-moi de qui sont les deux statues dans la cour de la Sorbonne, devant la Chapelle. |
JACQUES |
Ah, oui, je vois ce que tu veux dire : mes parents avaient fait un malheur avec ces statues-là en Mai '68C’est au Quartier Latin qu’ont commencé les évènements de Mai '68. Les étudiants lassés d’une société paternaliste et autoritaire ont pris la Sorbonne et des bagarres ont eu lieu avec la police dans tout le quartier. Les émeutes se sont étendues à toutes les universités, aux lycées et, éventuellement à toute la France.! Tu crois que…. |
JEAN-PIERRE |
Bruno, oui, je suis là, donc, ce sont les statues de…….hum, je vois. Merci Bruno, à plus. |
JACQUES |
de Pasteur et Victor HugoDans la cour de la Sorbonne, devant la chapelle, les deux statues de Pasteur et de Victor Hugo représentent la science (la première) et la littérature ( la seconde).….. |
JEAN-PIERRE |
Tout à fait mon cher Watson! |
JACQUES |
Il suffit donc d’arriver aux deux statues avant eux et de les empêcher de faire une bêtise! |
JEAN-PIERRE |
Oui, mais quelle bêtise? Les casser? Avec quoi? Un marteau? Une grenade? |
JACQUES |
On verra bien. Viens, dépêchons-nous |
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Cinq minutes plus tard, en marchant vite, nos deux amis se trouvaient dans la cour de la Sorbonne, devant les statues. Les premiers manifestants commençaient à entrer lentement et calmement par le portail de la Rue de la Sorbonne ouvert en grand pour éviter les problèmes. |
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JACQUES |
Les voilà, attention |
JEAN-PIERRE |
Oui, je les vois. Tu prends Pasteur, je prends Victor-Hugo. |
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Les trois jeunes s’étaient séparés et avançaient doucement vers les statues en commençant à ouvrir leurs sacs à dos. |
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JACQUES |
Oui, jeune homme, qu’avez-vous dans ce sac? |
LE JEUNE HOMME |
Moi? Rien! |
JACQUES |
(montrant son badge) : Alors, faites voir? |
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Le jeune homme regardait maintenant vers l’autre statue où Jean-Pierre parlait avec la jeune fille et l’autre garçon. |
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JACQUES |
(prenant le jeune homme fermement par le bras) : Venez s’il vous plaît. |
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Les trois jeunes se sont ainsi retrouvés au pied de la statue de Victor Hugo avec les deux détectives qui ont eu vite fait d’ouvrir les trois sacs et de trouver trois pots de peinture jaune et trois énormes pinceaux.
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JEAN-PIERRE |
Qu’alliez-vous faire avec cette peinture? |
GARCON No1 |
Mais, la peinture, c’est pour ma chambre, ils doivent venir m’aider. |
JACQUES |
Ah oui? de la peinture jaune? Ce n’est pas Victor Hugo? ou peut-être Pasteur que vous vouliez peindre? |
GARCON No2 |
(l’air faussement surpris) Nous? Non! Pourquoi faire? |
JEAN-PIERRE |
Et pourquoi vous êtes-vous séparés en deux groupes pour être près de chacune de ces statues? |
FILLE |
(tremblant légèrement): J’étais fatiguée, j’avais mal aux jambes, j’ai voulu m’arrêter….. |
JACQUES |
Bon, écoutez, on garde la peinture et les pinceaux, vous quittez la cour de la Sorbonne immédiatement et on ferme les yeux. |
JEAN-PIERRE |
....Vous devriez savoir que LE CRIME NE PAIE PAS! Allez, partez, vite avant que mon copain ne change d’avis……. |
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Les trois jeunes n’ont pas insisté et en un éclair ils avaient disparu.
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JEAN-PIERRE |
Pas mal quand même, on a fait notre boulot de Protection des Jeunes! |
JACQUES |
Oui, c’est bien, j’espère qu’ils s’en souviendront |
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5th Arrondissement: Panthéon (17th quartier: Saint Victor, 18th quartier: Jardin-des-Plantes, 19th quartier: Val-de-Grace, 20th quartier: Sorbonne)
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